Les cartes de Louis ARVEAU (1872 - 1937), l'Hirondelle L.A.

Cartoliste des CPA de Louis Arveau, imprimeur / éditeur à Prémery (Nièvre)

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Nous savons peu de choses de la jeunesse de Louis Arveau (1872-1937). Je n'ai trouvé aucune information de ses années d'apprentissage, mais il est indéniable qu'il maîtrisait parfaitement son métier. Nul besoin d'être spécialiste pour apprécier la complexité de la composition et le repérage extrême de la bichromie de son en-tête de facturation.

Ce qui est certain, c'est que, très jeune entrepreneur, il fut un des premiers imprimeurs de toute la Bourgogne, et certainement l'unique pour la Nièvre, à maitriser aussi tôt l'art complexe de la reproduction photomécanique des images. A peine âgé de 26 ans, sur des presses certainement rudimentaires, il réussissait, dès avril 1896, la sortie sur abonnement de ses "Albums Nivernais".

Certes, nous sommes loin de la délicatesse des photoglypties de l'Atelier Goupil et l'on ne sent pas encore la maitrise technique des ateliers de Paris et de Lorraine, mais ces douze albums lui ont permis d'appréhender successivement la photo-lithographie (albums 1 à 6), puis la photo-collographie (albums 7 à 10) pour enfin finir par maîtriser la phototypie (albums 11 et 12).

Pour illustrer ses Albums, il fit appel à des photographes nivernais expérimentés, comme Desvignes à Clamecy ou la Photographie Parisienne à Nevers, il ne dédaignât pas non plus les amateurs, à qui il échangeait des clichés contre des numéros gratuits. Il eu l'aussi l'intelligence de ne pas se couper des libraires en leur permettant de vendre ses abonnements (ainsi qu'à certains bureaux de poste).

En 1897, il était déjà connu des photographes et des libraires et il était un des rares imprimeurs à maîtriser la phototypie, il attendra pourtant 1999 pour éditer ses premières cartes postales. Il était fin prêt pour l'explosion de la carte postale illustrée initialisée par l'exposition Universelle de Paris en 1900. il édita de suite de nombreuses vues du Nivernais et du Berry tout proche, mais surtoût, il profita de l'incroyable pénurie de phototypistes pour s'installer durablement comme prestataire pour de nombreux éditeurs. De cette période pionnière, j'ai retrouvé des tirages de l'atelier de Prémery depuis la Manche jusqu'à l'Algérie.

A partir de 1903 et 1904, la production française s'est organisée et des usines produisant des millions de cartes se sont développées aux quatre coins de la France (comme Bergeret à Nancy, Charles Colas à Cognac, Léon et Levy (LL) à Paris, etc...). Beaucoup d'imprimeries de grande taille ont aussi rattrapé leur retard (comme Coqueugniot à Autun). La pénurie était passée et les clients lointains ont cédé aux prix de la concurrence. L'aventure aurait pu s'arrêter là, mais Arveau a su réagir rapidement. Il a de suite développé sa propre collection et consolidé sa zone de chalandise. On retrouvera encore quelques rares clients lointains (comme la Chocolaterie d'Aiguebelle , dans la Drôme), mais il se concentrera surtout sur la Nièvre et les départements limitrophes : l'Allier, le Cher, la Côte d'Or, la Saône et Loire et l'Yonne. Quelques éditeurs (comme Poulain-Rocher à Sens ou Paquet à Moulins), lui assuraient pour chacun une production importante (certainement bien supérieure à la production propre de l'Hirondelle).

L'atelier de Prémery a ainsi joué un rôle important mais discret pendant toute la période de l'Age d'Or de la carte postale. Le déclin est arrivé avec la Grande Guerre. En 1919, l'imprimerie est revendue à Wayer et Josse, puis à Wayer seul. Le logo de l'hirondelle fut supprimé, les fontes de caractères changées et les dos banalisés, si bien qu'il devient difficile de reconnaître la production de l'atelier, mais on peut considérer qu'ils continueront à imprimer des cartes pratiquement jusqu'à la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, il ne reste qu'un pan de mur de l'atelier. Louis Arveau est devenu un inconnu dans sa propre ville et sa famille s'est éteinte, il n'a pas eu de descendance.